Deuil périnatal et travail : que dit la loi

Reprendre le travail après le deuil périnatal

La perte d’un enfant, un lourd fardeau

Le deuil d'un enfant : une lourde épreuve

Le deuil d’un enfant : une lourde épreuve

 

Le deuil périnatal désigne le décès d’un bébé en cours de grossesse (on parle alors de décès in-utéro), à l’accouchement ou jusqu’à la première semaine qui suit la naissance, indique Yves Alphé. Vécu par un ou les parents à la suite d’une grossesse ou d’un accouchement, le deuil périnatal est une épreuve très difficile voire inattendu. Les parents deviennent alors orphelins de leur propre enfant. Si l’on n’a peu connu l’enfant, on peut penser, à tort, que le deuil périnatal est moins douloureux que lorsqu’il s’agit d’une personne que l’on a connu, parfois de longues années. Pourtant, précise Yves Alphé, contrairement à cette idée reçue, plusieurs facteurs entrent en ligne de compte et rendent le deuil périnatal aussi difficile que la perte d’un ami, d’un parent ou d’un collègue par exemple.

Plusieurs facteurs face au décès

L’épreuve du deuil dans le couple En effet, l’absence de souvenirs et l’impossibilité d’en avoir avec l’enfant, chose qui était prévue avec l’arrivée du nouveau-né, des rêves (vacances, études…) pour l’enfant qui s’effondrent…sont un premier facteur rendant le deuil périnatal douloureux. Face aux idées reçues, l’absence de support ou de reconnaissance de la difficulté de ce deuil représente un second facteur qui rend l’évènement éprouvant pour les parents. En effet, beaucoup d’individus ont du mal à comprendre l’attachement qu’il peut y avoir entre des parents et un bébé qui n’est pas encore venu au monde, dans le cas d’un décès in-utéro.

Certaines personnes n’hésitent pas ainsi à déclarer, sans le moindre remord « un de perdu, dix de retrouvés » face à l’épreuve du deuil que vivent les parents ! Comme pour beaucoup de deuils, l’imprévisibilité du décès est également un facteur-clé qui peut traumatiser à vie le couple. Un traumatisme qui peut, illustre Yves Alphé se manifester par la conception d’un second enfant, cette fois-ci viable, ayant le même prénom que l’enfant décédé. Ce genre de cas associe l’enfant vivant à celui décédé et n’aide pas le processus de deuil, bien au contraire, il devient encore plus difficile de « tourner la page ». Autre exemple proposé par Yves Alphé : le décès d’un premier enfant peut générer une angoisse constante si le couple décide de concevoir un second bébé. Cela peut même mener des couples à ne plus vouloir d’enfant par peur de revivre le même décès, associant la naissance à la mort.

Que faire en cas de deuil périnatal ?

Les parents ne doivent pas hésiter à se confier, même si la mort, surtout d’un bébé, reste un tabou dans nos sociétés, comme le rappelle Yves Alphé. Cela peut passer par un proche, de la famille, un ami, ou des associations d’accompagnement (certains existants depuis plus de 30 ans) mettant en relation des personnes ayant vécu le même drame.

En effet, exprimer son ressenti, poser des questions, faire part de ses émotions et ses craintes pour permettre d’atténuer la douleur du deuil. Le médecin traitant peut lui aussi être à l’écoute face à l’épreuve du deuil. Conserver un maximum de souvenirs de l’enfant perdu est, aussi étrange que cela puisse sembler, également conseillé par certains CHU : une mèche de cheveux, une photo, prendre le bébé dans ses bras, lui prodiguer les premiers soins (s’il s’agit d’un décès in-utéro ou à l’accouchement), garder une fleur en souvenir…. Des spécialistes affirment qu’un deuil périnatal dure environ deux ans, en passant par plusieurs phases comme expliqué par Yves Alphé, fondateur de sa société de pompes funèbres, sur son blog dédié au monde du funéraire. Comme certains témoignent « la relation à la vie est complètement chamboulée ».

Travail et deuil périnatal

Toutefois, il est financièrement difficile d’arrêter son activité professionnelle pendant les différentes étapes du deuil périnatal. Mais que dit la loi à ce sujet? C’est ce que vous propose aussi de découvrir Yves Alphé, spécialiste du funéraire.

Que dit la loi ?

Le deuil au regard du droit est peu pris en compte. La loi est très précise puisqu’elle n’accorde que deux jours dans le cas de décès d’un enfant. Le deuil périnatal, lui, est très particulier comme nous l’avons vu en début d’article avec Yves Alphé dans la mesure où il peut survenir en cours de grossesse, pendant ou après l’accouchement. Dans ce cas-là, les parents endeuillés vont bénéficier de leurs droits sociaux. En d’autres termes, la maman va bénéficier de l’intégralité de son congé maternité et le papa va conserver le droit de pension de paternité. Le retour au travail après ces congés maternité et paternité est obligatoire, rappelle Yves Alphé, si les parents ne veulent pas perdre leur poste. Les parents dans cette situation n’ont pas forcément d’entretien auprès leur manager malgré le deuil.

Toutefois, le directeur général peut lui intervenir et accorder certaines libertés exceptionnelles à son salarié au vu de la situation de deuil. Le risque lorsque l’on retourne travailler après un deuil prénatal, indique Yves Alphé, est la surcharge de travail que l’on donne au salarié endeuillé afin de « lui changer les idées », ce qui n’est pas forcément une solution adéquate car elle peut générer un stress supplémentaire venant s’ajouter à la douleur de la mort de l’enfant. Elle peut même inciter certains salariés à quitter l’entreprise à cause de cette surcharge. En effet, se reprojeter dans sa vie professionnelle n’est pas chose aisée lorsque l’on est en période de deuil. Il serait donc préférable de laisser le salarié endeuillé se remettre à son rythme dans son poste de travail, mais là encore tout dépend des individus, précise Yves Alphé.

La reprise professionnelle après le deuil précisée par Yves Alphé

Le travail apres le deuil prénatal

Le travail apres le deuil prénatal

Comment reprendre le travail après un deuil périnatal? La reprise du travail suite à un décès peut se faire avec beaucoup d’angoisses accumulées par le deuil et peut mener le salarié à un ou des arrêts maladies. L’impression de « mettre un masque » au travail pour passer des journées de travail correctes et de l’enlever une fois de retour chez soi peut s’avérer insoutenable, précise Yves Alphé. La culpabilité peut être une émotion également générée par l’enchaînement des arrêts de travail suite au deuil. Il est très difficile, suite à un deuil périnatal, de reprendre une vie normale, et le travail en fait partie.

La situation est d’ailleurs peut-être d’autant plus difficile pour les personnes travaillant avec de jeunes enfants (ex: institutrices de maternelles, sages-femmes) car elles côtoient de jeunes enfants ou bébés toute la journée et l’associent (consciemment ou non) à l’enfant qu’elles n’ont pas ou plus. Par ailleurs, côtoyer de jeunes mères lors de la sortie de classes est là encore une épreuve difficile lorsque l’on vient d’affronter le deuil de son propre jeune enfant. Le contact avec les femmes enceintes et les nouveau-nés reste également compliqué. En effet, Yves Alphé explique qu’il arrive souvent que les congés maternité et paternité ne suffisent pas. Avec l’accord de l’employeur, le salarié peut prendre ses congés annuels à la suite puis les RTT s’il en a ou piocher dans son compte épargne-temps si l’entreprise en propose un.

La dernière solution suite au deuil périnatal est le mi-temps thérapeutique. Ce système permet une reprise plus douce suite à l’épreuve funèbre et le syndrôme post-traumatique engendré par le deuil prénatal. Ainsi, au fil des mois, le salarié peut progressivement se réintégrer à son poste et dans l’entreprise en général (ex : relations avec ses collègues). La réponse de la société est entièrement médicale : le salarié endeuillé peut bénéficier d’un arrêt de travail qui sera accordé par le médecin traitant. Cet arrêt est à l’appréciation du médecin, il n’y a donc pas d’intervention du législateur pour définir le cadre d’une sorte de « congé-deuil » qui serait donc un droit, indique Yves Alphé.

Le retour au travail, un véritable enjeu

Beaucoup de personnes sont capables de scinder vie privée (et donc le drame du décès) et vie professionnelle. En d’autres termes, elles ne parlent ni de famille ni de loisirs sur leur lieu de travail. Certaines au contraire sont tellement absorbées par leur travail en termes de temps que la « déconnexion » du travail ne se fait pas vraiment (travail à la maison ou le weekend par exemple) ou qu’elles ont besoin de se confier à leurs collègues concernant le deuil.

C’est justement le cas dans les pompes funèbres, le secteur d’activité d’Yves Alphé, dans la mesure où un décès peut survenir à tout moment. Au moment du décès, le travail prend bien évidemment une place secondaire car il remet en cause tout le projet de carrière. En revanche, chez certains salariés, la reprise du travail est indispensable puisque le décès marque alors un « point d’arrêt » car l’objectif de carrière se retrouve au point mort. Le fait de reprendre une activité professionnelle permet de réécrire une nouvelle page dans sa vie et de reprendre là où l’on s’était arrêté, avant le drame.

Bien entendu, le deuil, aussi douloureux qu’il puisse être, ne doit pas empêcher de travailler normalement, ni d’empêcher ses collègues de travailler normalement, ni d’être considéré comme l’un des leurs.

Le deuil ne se vit pas de manière linéaire

Chacun reprend pied à son rythme. Il faut donc aider une prise de conscience sociale de l’importance de ces deuils et de ne pas les banaliser, rappelle Yves Alphé. Dans le cadre du retour au travail, il serait donc possible d’imaginer un retour progressif en accord avec l’employeur. Cependant, ceci suppose une large information. Une sorte de « congé-deuil » pourrait être envisagé qui serait pris à l’appréciation des parents.