Parler du suicide avec un enfant : un sujet délicat

Comment expliquer le suicide à un enfant ?

Yves Alphé aborde aujourd’hui un sujet délicat mais qui peut tragiquement toucher certaines personnes : le suicide. Plus précisément, comment peut-on aborder la question du suicide auprès d’un enfant qui a déjà du mal à appréhender le décès d’un proche?

Les enfants endeuillés suite au suicide d’un proche (parent, frère, sœur, grands-parents) peuvent avoir été témoins, ce sont eux qui parfois alertent le SAMU. Et même s’ils ne sont pas présents, ils vont en entendre parler au sein de la famille. Les enfants vont également chercher des informations sur Internet, un véritable changement par rapport à il y 20 ans.

La tragédie doit-elle et peut-elle rester un secret ?

Il y a 20 ans, il y a des familles qui gardaient secret la cause du suicide, nous rappelle Yves Alphé. Maintenant, les familles n’y arrivent plus tout simplement parce qu’il y a des enquêtes de quartier, la télévision, les médias qui s’en emparent. L’information est sur le net et sur les réseaux sociaux notamment.

La recommandation, comme le rappelle Yves Alphé, c’est de ne pas mentir. On sait que le secret est toujours comme un poison dans la vie d’un individu et que, souvent, mettre des mots, en l’occurrence le mot « suicide » c’est souvent beaucoup moins traumatogène que simplement dire « il est mort ». Cependant, le parent fait ce qu’il peut avec les mots. Mais de pouvoir dire que la personne s’est donnée la mort ou la maladie qu’elle avait (cela va dépendre des causes) fait qu’il a, à un moment donné fait quelque chose pour arrêter de vivre, indique Yves Alphé.

Différentes représentations du suicide possibles chez l’enfant

C’est là-dessus que le sens que l’enfant va donner au suicide peut rendre son deuil très compliqué. Cela va bien entendu dépendre de l’âge de l’enfant. Cela va dépendre aussi du lien que l’enfant avait avec le proche décédé. Si un enfant était très proche de son parent, que le parent se suicide, l’enfant risque de croire qu’il ne l’aimait pas et qu’il lui a menti. Si l’enfant s’était disputé avec son parent la veille, il va culpabiliser. Si le parent avait dit à son enfant « Tu me tues, un jour je vais finir par me tuer » car le parent était mal et qu’il passe à l’acte, l’enfant va se dire «C’est à cause de moi ». On a donc également cette représentation-là et on a une catégorie d’âge un peu particulière chez les enfants, chez les tous-jeunes qu’on appelle « la pensée magique ».

La « pensée magique » c’est le fait qu’un enfant jusqu’à 5 ans environ a cette idée que les choses arrivent parce qu’ils les a voulues. Si par malheur, un enfant de la famille d écède (mort accidentelle, mort subite…) ou si un père, une mère se suicide, à un âge ou l’enfant est dans cette logique de « pensée magique », il va penser que c’est de sa faute à lui. Un enfant peut donc penser qu’il est responsable de la pathologie qui va mener le parent au suicide.

Ceci est très compliqué pour les enfants, rappelle Yves Alphé, endeuillés par suicide. Ils s’attribuent en effet la mort. On a aussi ce phénomène pour les morts par maladie mais par suicide c’est plus fort. Un autre point que souligne Yves Alphé : quand un enfant est petit (avant 9-10 ans), il a cette idée qu’il va « attraper la mort » : « si papa est mort, je vais mourir ou je risque de mourir de la même façon. »

Nommer le suicide pour accompagner le deuil de l’enfant, explications par Yves Alphé

Là-dessus c’est très important de les accompagner parce que ces questions-là, ils ne les posent pas aux proches parce qu’ils se rendent compte qu’il y a un tabou autour du suicide. Il faut donc oser parler du suicide, il faut oser en parler avec l’enfant ; le mot « suicide », c’est important de le prononcer. Ça n’est pas un gros mot mais c’est un mot qui fait peur, un mot douloureux voire effrayant mais nommer les choses permet de donner du sens et le suicide, même s’il y a plein de questions et parfois des réponses qu’on aura pas, on dit très souvent : « la personne qui est morte avec des raisons que peut-être on ne saura pas ». Peut-être que l’on n’aura pas d’explications mais cela lui appartient.

Cela évite d’être dans le vide, et un enfant qui est dans le vide ça le blesse encore plus, au même titre qu’un adulte d’ailleurs, rappelle Yves Alphé.

Comment expliquer le suicide à un enfant ?

Nommer le suicide, expliquer, dire quel type de mort c’est, c’est important. Mais cela ne veut pas dire « ton père est mort par suicide », phrase extrêmement violente ! Il faut pouvoir prendre du temps de pouvoir expliquer : dire que la personne est morte car des fois cela n’est pas dit aux enfants. C’est ce que l’on appelle les « secrets de famille ». Il faut pouvoir prendre du temps, pouvoir donner les éléments qu’on a d’explications.

Comment réagit l'enfant face au suicide ?

Comment réagit l’enfant face au suicide ?

On ne va pas expliquer de la même façon si l’enfant a vu, dans ce cas on va décrire ce que l’enfant à vu et lui demander de nous expliquer ce qu’il a vu. Il faut pouvoir dire « quand il a fait ça, il s’est pris la vie et son cœur s’est arrêté et il est mort ».

Et quand on se prend la vie, quand on se donne la mort, on appelle ça un suicide. C’est le terme employé rappelle Yves Alphé. Il faut expliciter ce que c’est. Si l’enfant ne sait pas ce qu’est un suicide, cela ne va pas l’aider. Si au téléphone ou si à la revenue de l’école, on lui dit « ton père est mort par suicide », l’enfant risque de se trouver dans l’incompréhension.

Il ne faut pas se précipiter pour dire. C’est un mot qui fait très peur, qui fait très mal, qui est très douloureux. C’est important de le savoir parce que c’est très compliqué pour les proches. Il faut pouvoir nommer sans se précipiter. Il faut le nommer rapidement, parce que si l’enfant l’apprend par d’autres, il perdra confiance en vous, mais l’urgence ça n’est pas la précipitation, indique Yves Alphé.

Des fois il faut prendre du temps. Certaines fois cela peut être bien que cela soit quelqu’un d’autre qui lui explique ; quelqu’un proche de la famille ou un professionnel qui puisse même le mot suicide si pour vous en tant que parent c’est compliqué de le dire.

Nommer les choses donne du sens et permet de les intégrer. Et quand on a un parent qui est mort par suicide, c’est une douleur indéfinissable mais ça reste son parent, il y a des questions qui restent autour de ce décès mais ces questions ne doivent pas vous empêcher de vivre, conseille Yves Alphé. La vie reprend mais autrement, et cette force de vie là qu’on doit essayer de transmettre.

En résumé, nommer cela évite les secrets qui sont de vraies prisons pour la vie des uns et des autres.