La tradition funéraire asiatique des statues de Jizo

Les statues de deuil Jizo

Le deuil périnatal vu par les japonais

Le pays du soleil levant a toujours accordé une grande importance à la spiritualité et au respect des âmes en général, malgré l’ultra-modernité du pays. Les Statues de Jizo sont des statues japonaises consacrées au deuil des femmes qui ont fait une fausse couche. Cette tradition nippone funéraire commence à se répandre en Occident. Les statues Jizo se présentent sous la forme de statuettes colorées vêtues de bonnets et de bavoirs rouges. Malgré leur aspect coloré bien visible, ils sont synonymes de deuil enfantin, ce qui peut parfois surprendre, indique Yves Alphé.

La recherche de réconfort pour les parents

Pour les parents qui ressentent la douleur d’une fausse couche, il peut être difficile de savoir comment aller de l’avant et où chercher réconfort et aide face au deuil, comme l’avait déjà indiqué Yves Alphé dans son article consacré au deuil périnatal. Cependant, une tradition japonaise commence à se répandre dans l’Ouest, aidant les couples à faire face au deuil de leur enfant n’ayant jamais pu venir au monde. En effet, au Japon, certaines femmes trouvent du réconfort dans les statues de Jizo qui bordent les temples et les cimetières à travers le pays.

Le deuil périnatal au Japon

Le deuil périnatal au Japon

Une tradition issue des croyances bouddhistes japonaises

Les statues Jizo sont considérées comme protégeant les enfants et les bébés à naître dans les enseignements bouddhistes japonais traditionnels. La croyance veut que comme les bébés n’ont pas eu la chance de construire un bon karma sur terre, Jizo aide les enfants à entrer clandestinement dans l’au-delà dans les manches de sa robe. En d’autres termes, elle aide les âmes perdues à trouver le salut, indique Yves Alphé. Les statues sont souvent vêtues de vêtements chauds dans l’espoir qu’elles feront la même chose pour leur enfant à naître.

Les replis de la robe ne sont pas seulement dédiés aux enfants mort mais également aux mort-nés, aux fausses couches, et avortements voire aux femmes mortes au cours de leur accouchement. Par extension, Jizo est également devenu un symbole de guérison des enfants gravement malades : ce type de statue est reconnaissable car un jouet est traditionnellement déposé comme don de remerciement à son pied par les proches, indique Yves Alphé. Toutefois, contrairement à nos cultures occidentales, il ne s’agit pas de fleurs mais de jouets, plus représentatifs de l’enfance. Le don exprime une forme de reconnaissance et de remerciement pour la bénédiction apportée, à savoir le sauvetage de l’enfant de la mort.

Yves Alphé informe de l’extension de cette tradition vers nos pays occidentaux

Aujourd’hui, la pratique se répand plus loin que le Japon, certaines femmes aux États-Unis expliquant comment elles ont trouvé leurs statues Jizo (au visage enfantin) réconfortantes après la perte d’un enfant à naître. L’écrivain Angela Elson a écrit dans le New York Times sur la façon dont sa statue Jizo l’avait réconfortée après avoir fait une fausse couche au bout de 10 semaines de grossesse : « La statue Jizo s’assied maintenant et nous rappelle le bébé que nous avons perdu – pas si souvent au point de nous rendre tristes, mais assez souvent pour que nous ne l’oubliions pas entièrement », illustre Yves Alphé, spécialiste du funéraire.